Dis-nous en un peu sur toi de manière culottée.
Je suis une femme auteur, qui écrit de la poésie lue sur internet et notamment mon blog #lesmotsdecello. J’ai été obligée de figurer dans deux revues ( Revue Méninge et Revue Bleu d’Encre ), ainsi que dans deux ouvrages collectifs ( une anthologie de Haïkus, un recueil pour la journée de lutte pour les droits des femmes.), d’autres projets sont en cours. Je ne sais jamais refuser devant tant d’insistance. Étant rousse je suis très appréciée pour ma prose qui pue tantôt l’érotisme tantôt le romantisme ou la sensiblerie à plein nez. Je prostitue donc régulièrement ma plume et cela ne me permet évidemment pas d’en vivre. Avant de faire le trottoir, j’écrivais déjà des pavés, histoire de renouer avec mon histoire et mes essentiels. Entre deux tapins je lis, je prends mon temps, je découvre les univers des uns et des autres, j’affine mes goûts artistiques, j’apprends des autres, je tricote et je brode. Oui je suis une tapineuse d’âge mûr mais pas encore tout à fait prête à prendre la retraite. Ma sensibilité et mon humanisme me poussent encore et toujours à écrire, aborder et border. Les mots peuvent nous accompagner, mûrir nos pensées, faire évoluer nos sociétés, nous émanciper. Je ne suis pas prête d’arrêter de coucher, bousculer ou provoquer avec mes mots ! Je suis impertinente et si ennuyeuse par ailleurs. Tout le monde vous le dira. Je ne suis pas fréquentable, les soirées avec moi n’existent pas. Je ne rencontre jamais personne, les gens sont d’une suffisance si vous saviez ! Bref, vous l’aurez compris, les volets communication et relations publiques de La Revue La Culotte seront confiés à Camille.
Quel est ton poème préféré et pourquoi ?
Je ne peux pas me contenter d’un poème. Qui donc a écrit cette question ? J’aime particulièrement les poètes femmes et hommes qui cultivent le sens des provocations, dont la poésie déroge aux bonnes manières et la norme sociale. J’aime la poésie cinglante, juste et impertinente. Celle qui ose la férocité, l’amour vache, l’amour inconvenant, les sentiments grinçants, les luttes sociales. Je me délecte de la poésie engagée, enragée, la poésie qui ose tout et ne se refuse rien.
Il y a bien sûr ce poème que j’aime lire à mon fils de Jacques Prévert « l’Orgue de Barbarie », si sympathiquement glaçant et monstrueux ! J’ai hâte de lire le recueil « Hymnes à la haine » de Dorothy Parker qui est ma révélation en matière de sarcasme poétique et j’aime cette femme, sa vie, son audace. Écoutez donc :
Je ne connais pas de tableau plus charmant,
Un cerisier blanchi par le printemps,
Mais ce que j’en dis, « Quel bonheur
Ce s’rait de me pendre à un arbre en fleurs! »
Quel cynisme dans ce poème « Blanc Cerise », elle est d’un régal absolu !
Il y a encore Richard Brautigan quand dans ces quelques mots tout explose en cruauté « Ton amour, quelqu’un d’autre en a besoin. Pas moi. ». Sinon, je suis en amour pour les deux Charles, Baudelaire et Bukovsky avec « Enivrez-vous ! » ou « Spleen » et « Alors tu veux être écrivain ? », une poésie faste et viscérale, une poésie qui ne ment pas.
J’ai bien évidemment une admiration sans faille pour Marina Tsvetaïeva et son œuvre, ses poèmes mais aussi ses lettres magnifiques et son courage, nous sommes en plein thème pour le Printemps des Poètes avec cette immense poétesse.
En matière de poésie contemporaine, je ne peux pas tous les nommer. Je découvre avec les partages sur facebook beaucoup de plumes vives, riches, fortes et intuitives qui percutent, me traversent et font écho à ma sensibilité. Je n’en citerai que deux, pour ne pas faire de jaloux, un homme et une femme.
La poésie de Watson Charles me bouleverse tant. Son dernier recueil « Le chant des marées » est un bijou littéraire. Une poésie riche de ses origines et forte de l’amour qu’il porte à sa terre. Une poésie d’autres cieux qui apaise et touche profondément les âmes. Une poésie qui crie les empreintes d’une vie et invite au respect pour le peuple haïtien. Rien que d’en parler j’en suis encore toute retournée :
« Ainsi, je n’aurai plus peur que mes cendres soient sur tes yeux, et je chanterai des chants nouveaux, et les fleurs bâtiront ton empire, les enfants diront de toi les promesses … « . N’est-ce pas là, une poésie de toute beauté ?
Et puis il y a l’œuvre, car comment se contenter d’un seul recueil, de Maram Al Masri. Je mettrai en avant le dernier recueil lu « Elle va nue la liberté ». En elle, voilà une autre force vive dans les mots, une poésie qui ne ménage pas notre confort et nos cœurs. Sa poésie vous embarque là où l’horreur de la guerre décime tout un peuple, c’est une écriture qui repose les espoirs que nous portons tous en nous de manière universelle. C’est fort, déchirant parfois violent car les images que nous lisons portent l’odeur du sang et de la souffrance. Mais la plume de Maram à surtout cette beauté qui engage nos propres aspirations de paix pour le peuple syrien.
Je dois bien évidemment me restreindre et m’arrêter là, il y aurait tant d’autres à citer. Ce que je peux espérer est que La Culotte permette à chacun de découvrir des plumes inspirantes, qu’elle mette en exergue des auteurs animés par une plume dense et expressive, colorée et profonde, pour témoigner du courage de nos propres intériorités et de ce monde dans lequel nous vivons.
Penses-tu que c’est coton d’être un poème ?
Je pense évidemment que c’est super coton d’être un poème. Comment seulement supporter tout ce que nous lui faisons subir depuis des siècles ! Tout le monde a les yeux rivés sur lui et personne ne se met d’accord pour l’aimer. Il y a toujours un détail qui n’ira pas ; le nombre de pieds, une rime pas assez riche, la forme libre qui choque les prudes et les Ayatollahs du sonnet ou de l’alexandrin, sans parler des milieux snobes qui boudent la création du petit peuple. Non, non, être un poème ce n’est pas simple. Combien ont fini leur éphémère existence en une cruelle fin de vie au fond d’une corbeille ? Le suicide des poèmes, cet énorme tabou. Il était temps d’en parler.
La Culotte, comment la porter mieux ?
Je suppose que chacun sera un jour foudroyé par la raison et se devra donc de la porter, mais il est vrai que nous négligeons trop souvent son confort. Je propose de la porter à sa taille, taille haute et brodée de poésie. Mais tout ceci ne me concerne pas. Je suis bien trop peu sage. Surtout ne jamais lire La Culotte à l’envers, vous risqueriez une culottite carabinée. Par les temps qui courent, ne soyons pas le cluster d’une nouvelle épidémie ! D’ailleurs à ce sujet certains préconisent de la porter sur la tête pour se protéger de tous ces vilains virus. Il paraît que le ridicule ne tue pas, lui. Bon, vous l’aurez compris, pour vous garantir une bonne santé, procurez-vous La Culotte. Une revue de qualité, fière et forte !

D’âge mûr moi aussi! Vive le culot, La Culotte et l’écriture en pulsion toujours mouvante et réactive. Merci pour ce post riche et inspirant.
J’aimeJ’aime